23/01/2008

Réveil

6h30, le vieux radioréveil se met en marche. Comme un chuchotement, à peine audible, mais cela suffit à amener l'homme qui dort seul dans ce lit immense jusqu'aux rives de la conscience. Sa respiration jusque là calme s'accélère légèrement, se fait plus hachée aussi tandis qu'il se retourne pour chercher de la main le bouton qui lui offrira 9 minutes de paix supplémentaires. La respiration s'apaise à nouveau, les plumes de la couette crissent légèrement tandis qu'il reprend une position plus confortable pour profiter de ce répit volé à cette nouvelle journée qui commence. 

La scène se reproduira deux ou trois fois, amenant l'homme chaque fois plus proche du réveil véritable. Finalement, avec un soupire entre agacement et fatalisme, il allume la lampe de chevet dont l'intensité blesse ses yeux encore gonflé de sommeil. Un grognement de profonde insatisfaction monte un instant de sa poitrine alors qu'il se redresse pour s'adosser à un cousin qu'il replace d'une main molle contre la tête du lit. La radio du réveil crachote une musique qu'il entend à peine. Il regarde autour de lui, sa chambre, la grande pièce de tissu bleu nuit piquetée de petite tache de peinture phosphorescente qui recouvre le plafond, lui offrant un ciel étoilé au cœur même de la douillette chaleur de ses nuits solitaires. 

D'un geste machinal il va cueillir une cigarette dans le paquet abandonné nonchalamment sur la partie autrefois occupée du lit, près du pc portable, de quelques BD. Le claquement métallique du briquet zippo, l'odeur vaguement écœurante du tabac dont il emplit ses poumons avec un sentiment entre satisfaction et répugnance. Il sait pourtant que ce type d'attitude est d'un nullissime absolu, d'un beauf' consommé mais seul un triste rictus cynique suit cette pensée fugitive. Who cares ? Il ne partage plus sa vie avec quelqu'un et cela fait des mois que personne ne l'a rejoint dans son lit. Alors, qu'est-ce que ça peu bien foutre s'il fume au plumard comme un connard, dès le réveil ?!?

Alors que son esprit fouetté par la nicotine retrouve un peu de vivacité, le son crachotant de la radio commence à l'insupporter, comme chaque matin. D'un geste un peu rageur, il l'éteint avant d'écraser la cigarette dans l'immonde cendrier du plus mauvais goût possible qui traine sur la table de nuit. Encore une fois la vue du squelette avachi qui forme la garniture de l'objet lui tire une petite moue ironique. Qu'est-ce que ce truc est moche ! Mais à nouveau, il s'en fout complètement, à limite, il s'en amuserait plutôt. Petite touche de provocation gratuite et sans finesse.

Finalement il repousse la couette dans un soupire à fendre l'âme. Il aurait bien dormit encore, mettons, deux ou trois ans. Mais il sait que ce n'est pas comme ça que fonctionne le monde, la vie, sa vie. Il se lève, s'étire un peu mais le plafond bas de cette chambre sous les toits l'empêche de déployer son mètre quatre-vingt sept. Il se dirige vers les velux, relèves les stores qui les occultent pour jeter un œil sur la nuit qui entoure encore le calme quartier résidentiel ou il a sa maison. Clac-clac. Les fenêtres son entrouvertes, l'air frais pénètre dans la chambre, chassant un peu l'odeur du tabac qui refroidit…Une nouvelle journée commence.

11:03 Écrit par Catalyseur dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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