07/03/2005

CONTINUEZ DE RÊVER !!!

Je ne sais pas si vous avez déjà vu ce film de frappadingue qu'est "L'échelle de Jacob" avec Tim Robbins dans le rôle principal. Je ne vais pas faire une chronique cinématographique mais résumons (très résumé) le film par l'histoire d'un gars qui est revenu du vietnam avec les fils qui se touchent et plus toutes le frites dans le même paquet et donc qui est en pleine paranoia hallucinatoire maniaco-dépressive...Objectivement, il faut avoir les nerfs solides pour encaisser ce film même si je le considère comme un vrai chef d'oeuvre. Bref, dans ce film, notre bon Tim Robbins est couché sur une table et brutalement on le voit tourner sechement la tête sur le côté tandis qu'une voix impérieuse et désincarnée tonne un : "CONTINUEZ DE RÊVER !!!". Ce n'est certes pas la scène la plus trash de ce film d'allumé, mais allez savoir pourquoi, c'est toujours celle qui m'a mise le plus mal à l'aise depuis que j'ai vu ce film pour la première fois il y a de cela 8 ans.
 
Et bien, depuis ce WE, je sais pourquoi cette scène me file de tels frissons d'angoisse et de malaise...Cela fait 8 ans que je ne rêve plus, ou plus précisément, que je me refuse de rêver. Attention, quand je parle de rêve, je ne parle pas du processus chimico-psychologique qui fait qu'on voit/entend/ressent une série de chose quand on dort, mais bien le fait d'avoir des "projets grandioses et a priori irréalisables". Ceci dit, même les rêves du sommeil je ne m'en souviens jamais, comme si mon psychique occultait toute notion de fantasmagorie. Parce que, Mesdames et Messieurs, l'ami Catalyseur est atteint du syndrôme du "pragmatisme crapuleux et forcené".
 
A 22 ans, j'ai plaqué mes études, j'ai déménagé de chez papa et maman après avoir tout foiré, filant un mauvais coton, utopiste révolté, idéaliste rêveur au point de refuser tout contact directe avec la réalité et l'intention ferme et définitive de changer tout ça. Et pour changer, je l'ai changé...Dans la semaine je me coupais les cheveux (alors qu'ils m'arrivaient quasi aux fesses et qu'aimais bcp les reflets jaunes-verts aux pointes), je me refaisais une garde-robe "classique" et plus une série de nipes grungy-biker-hardos-gothique et je cherchais du boulot. Après avoir furieusement profité du pognons de papa et maman bourgeois que je baratinais comme un dingue avant ce virage, j'avais décidé de m'assumer, de prendre une indépendance et de le faire sans leur aide.
 
S'en est suivit une longue période de galère absolue avec chômage en dessous du minimex, rupture d'amis et de copine, fin de mois difficiles (surtout les 30 derniers jours !) et dose de canabis industrielle pour ne pas disjoncter totalement. Je voulais apprendre la vie, je l'ai apprise à la dure et volontairement. Le corrolaire, c'est que je me refusais de rêver, de me laisser aller dans mes vieux travers d'antan ou je pensais que chacun peut améliorer le monde dans lequel il vit, ou je rêvais d'une vie de château ou de bohême (selon les moments), ou je rêvais de voyages aux antipodes, etc, etc. La cruelle réalité du monde et du quotidien était trop dure à accepter pour que je m'offre encore le droit de rêver à sortir de cela. Ma devise était simple : avoir les ambitions de ses moyens. Donc plus de rêves : t'as pas de blé ou de moyens pour réaliser un rêve, tu zappes ce putain de rêves sinon il allait me bouffer, m'étouffer de ressentiment, d'amertume, de colère contre moi autant que contre le monde...J'ai arrêté de rêver.
 
Et la............j'étouffe.

14:10 Écrit par Catalyseur | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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