03/02/2005

Fainéant, égoiste et hypocrite.

Pour une fois, je ne vais pas pousser une geulante ou me laisser aller dans des considérations déprimées voir déprimantes sur l'état du monde et de mes contemporains. Non que l'inspiration me manque à ce niveau, la mauvaise foi de l'humanité est une source inépuisable de frustrations. Cette fois-ci, je m'attaque à démolir ma propre mauvaise foi. Une sorte d'autocritique...Evidement, ca n'a d'intérêt pour personne sauf moi-même.
 
En fait, cette réflexion est issue d'une situation qui me poursuit émotionnellement depuis le moi de mai 2004. A ce moment, je n'étais franchement pas en forme du tout. Cela faisait plus de 5 ans que je n'avais pu prendre 10 jours de congés d'affilée. Je bossais comme un dingue. Je devais assumer une fatigue et un stress chronique que tous les WE calmes et reposants à la maison n'auraient pu évacuer. Rajoutez à cela des problèmes avec l'achat de la maison ou le décrochage d'abord scolaire, puis professionnel, de ma chère et tendre...J'étais lessivé, au bout du rouleau. Le truc qui choquait le plus mes amis, c'est que tous gardaient à l'esprit l'image d'un Catalyseur dynamique, toujours en mouvement, toujours le premier à faire la fête et le dernier à en repartir, picolant comme un châmeau après la traversée du Sahara et fumant le petard au même rythme que Gainsbourg fumait ses clopes...Bref, celui que j'était à l'age de 18-20 ans lorsqu'ils m'ont pour la plupart connut alors que je faisais mes études supérieures ou plutôt alors que je faisais une maîtrise en Etudiant Fêtard-Baiseur de compet'. Sauf que maintenant j'ai 30 ans, une compagne qui a eut beaucoup de mal à se lancer dans la vie (c'est pas finit mais c'est en bonne voie) et que je suis tout seul à gagner le blé pour faire bouillir la marmite du ménage...Et j'étais aussi le premier d'entre-eux à choisir (on va dire choisir bien que le choix ait été dicté par une certaine nécessité) cette vie.
 
Donc en mai 2004, j'ai un ami qui ne va pas bien du tout et qui psychologiquement se retrouve dans une impasse. Mon but n'étant pas de faire l'historique des problèmes de ce dernier, il suffira de savoir qu'il en avait bavé énormément familialement depuis deux ans et que lui, malheureusement, était resté plus ou moins "coincé" dans le monde de la post-adolescence du célibataire informaticien rôliste. Evidement je me rendais bien compte que le pote en question n'evoluait plus d'un pouce depuis longtemps mais en bon mâle martien, hors de question qu'il n'exprime à aucun moment son malaise. Durant ces deux ou trois dernière années, j'ai bien essayé de le faire parler un peu de ses problèmes quand il arrivait chez moi mais sans succès : il n'était pas la pour plomber l'ambiance mais justement pour se sortir de l'esprit ces problèmes et angoisses qui empoisonne son existence. Et s'il y a bien un truc que j'ai retenu dans les relations humaines, c'est qu'on ne fait pas le bonheur de quelqu'un malgré lui et essayer de forcer un homme à exprimer sa souffrance et ses problèmes, c'est le meilleur moyen de le braquer.
 
Or donc, en mai, l'ami en question débarque chez moi dans un état de rage hystérique complet, me réclame tout ce qu'il aurait jamais pu me prêter et qui serait resté chez moi et m'annoncant qu'il me virait de sa vie vu le salaud finit que je suis. Evidement, je suis tombé des nues, totalement choqué et boulversé par son comportement, et j'ai tenté de lui demander une explication : que me reprochait-il ? Sa réponse fut simple : "si tu ne t'en rend pas compte toi-même, c'est que décidement tu ne vaux même pas la peine que je te l'explique"....Charmant, ca fait plaisir au bout de plus de 10 ans d'amitié. Puis voyant que plus j'insistais pour avoir une explication, plus il montait dans les tours, j'ai finis par avoir réellement peur qu'il ne passe à l'agression physique après l'agression verbale. Franchement, cette situation m'a pourri l'esprit durant des mois. Manifestement, l'ami en question petait cables sur cables (et ca ne s'arrange pas) et est occupé à éliminer tout ses proches de sa vie pour une seule raison fondamentale. Il se sent coincé dans un schéma de vie qu'il a plus ou moins choisit à l'époque et dont il ne peut plus se sortir. Il souffre de solitude sentimentale qu'aucun ami ne pourra jamais remplacer et il est vrai que depuis que je le connais, je ne lui ais jamais connu une seule petite amie...Le problème, c'est que fondamentalement c'est de sa faute s'il perçoit sa vie comme un échec et il en est le seul responsable. Malheureusment, vu son état psychologique et son orgueuil démesuré, c'est un constat qu'il lui est totalement impossible d'affronter donc si ce n'est pas de sa faute, c'est la faute d'un autre (encore un grand leitmotive de notre monde moderne)...Et l'autre c'est moi. Maintenant, j'ai appris récement ce qu'il me reproche et franchement, ce me fait mal au bide...Pas parce que c'est totalement faux, justement, juste parce que même si ce n'est pas faux, j'ai des raisons pour cela.
 
Donc, en premier, je suis fainéant...C'est vrai ! Tout à fait vrai qu'au bout de plus de 5 ans sans congés un peu corrects et une tonne de stress persos et professionnels je n'ai plus l'énergie pour appeler et demander des nouvelles...Ceci dit, lui non plus. Et puis moi je ne suis plus célibataire et j'ai une vie de couple alors l'idée de trainer toute la nuit dans les bars à picoler pour qu'il puisse fantasmer sur les p'tits culs qui passent (puisque de toute façon il ne fera rien pour les approcher !) ne trouve que peu d'écho stimulant en moi. La ou ca délire complet, c'est qu'en plus il me reproche de n'avoir jamais joué au rabatteur de femmes pour lui !...En gros, s'il est célibataire, c'est parce que je suis un enfoiré qui n'a jamais rien fait pour lui présenter des filles et faire en sorte de les mettre ensemble !
 
En second je suis égoiste. Ben oui, forcément, quand vous n'allez pas très bien vous même et que vous vous débattez en permanence entre stress, problème perso et professionnel, difficultés de santé, fatigue, vous n'êtes pas spécialement dispo pour les autres. Il y a un principe fondamental : quand deux personnes sont au fond du trou, ce n'est pas en s'occupant du problème de l'autre qu'on se sortira des siens. En gros, tu te sors du puit et seulement ensuite tu peux envoyer une corde pour remonter le copain. C'est égoiste, oui, mais c'est une loi de survie élémentaire. Je ne relèverais même pas que toute les mains que je lui ais tendue il ne les a pas saisies à l'époque et qu'il a toujours refusé de parler de ce qui le minait même si on pouvait l'imaginer. Et puis ne lui déplaise, ma priorité actuelle n'est plus comme à 20 ans "les copains d'abord !" mais bien ma petite puce et notre vie commune...Donc oui, je suis égoiste puisque pour lui l'égoisme c'est de ne pas s'occuper de lui à l'exclusion de toute autre personne.
 
Troisième reproche, hypocrite. Je suis un hypocrite parce que me rendant compte qu'il ne faisait peut-être pas ce qu'il faut pour réussir sa vie sentimentale et amoureuse je n'ai rien fais pour le prévenir ou le remettre dans le "droit chemin". Selon lui, un véritable ami se serait crevé, engueulé grave et remué à mort pour le secouer, le relooker, le mettre face à ses erreurs et faiblesses, etc. Ne l'ayant pas fait, je suis donc un hypocrite qui ne dit rien mais n'en pense pas moins. A nouveau, je pense que j'avais d'autre chose à foutre que de m'engueuler avec lui dans l'espoir qu'un jour il ouvre les yeux à l'age de presque 30 ans sur la misère sentimentale de sa vie...Comme si l'expérience des uns pouvait éviter les erreurs des autres. D'autant plus que tenter de convaincre cet ami de quoique ce soit est mission impossible : vous avais-je déjà dit qu'il est doté d'un orgueil surdimensionné qui l'empêche d'admettre qu'il puisse se tromper depuis toujours et peu importe la situation ou le sujet ? Je dois dire que je me sens blessé, vraiment...c'est dur.
 
Maintenant, j'en arrive à la conclusion de ce post, conclusion qui me renvois directement à mes propres observations passées sur ce blog :
 
Ne serais-je pas occupé à faire de l'autojustification en rejetant la faute sur l'autre ?
 

15:08 Écrit par Catalyseur | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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