19/03/2004

Cas de conscience

Il y a deux ou trois semaine, il y a eut un "drink" au boulot (DG Budget de la Commission Européenne) pour le départ d'un collègue irlandais. Faisant partie d'un service informatique ou la pression est forte et constante, ce sont des occasions qu'on ne rate pas de se lâcher un peu. Donc le vin et la bière coulaient à flos, les conversations et les éclats de rire filant bon train. Votre serviteur, fidèle à sa devise (enfin, une de ses devises) "Quand c'est gratuit c'est toujours oui !", s'en foutait plein derrière la cravate, éclusant comme un polonais avec la bénédiction avinée de son chef de service.
 
Au bout de cinq heures de joyeuse libation, la décontraction était proportionnelle à l'état d'ébriété de la vingtaine d'irréductible bien décidé à ne pas repartir de là tant qu'il restait quelque chose à boire ou presque. C'est là que j'ai donc décidé d'aborder un autre consultant, irlandais lui aussi, d'habitude assez taciturne, voir taiseux...Il faut savoir que j'adore l'irlande donc j'avais envie de connaître un peu mieux ce mec. On discute tranquille durant une bonne heure et le vin aidant, la conversation devient profonde, voir presque philosophique. Nous parlions d'un sentiment commun de dégoût face aux dérives de la société en générale et de "l'Europe institutionnelle" en particulier pour en arriver au constat que bien qu'ayant de nombreuses choses à reprocher à l'une et l'autre, nous étions convaincu que ce n'est pas en se posant en marginal qu'on peut changer les choses...Faire évoluer de l'intérieur nous semblait la bonne formule. Durant toute la conversation, ce brave type qui me semblait de plus en plus sympathique me répétait souvent qu'il appréciait mes réflexions et l'intelligence de celles-ci, que mes prises de consciences étaient le symptôme d'une élévation morale et spirituelle certaine. Plutôt modeste par nature, j'acceptais ces compliments sans commentaires mais avec, je l'avoue, un légitime plaisir. Cependant, je sentais qu'il restait des non-dits dans son discours, qu'il avait envie de livrer le fond de sa pensée mais hésitait encore...Mais "in vino veritas" donc en poussant un peu il a finit par se livrer et c'est là que j'ai dégringolé sévère. Il m'a dit :
 
- "Tu sais, tu as la bonne façon de pensée, tu est intelligent et réfléchit, tu vois clair mais ton plus gros problème, c'est que tu ignores qui est vraiment ton ennemi."
 
Je lève un sourcil interrogatif, arborant un sourire légèrment dubitatif d'incompréhension et une indicible appréhension me vient...
 
- " Oui, ton ennemi...c'est le Juif !"
 
La je suis carrément tombé des nues !! Le choc...Sept fois le tour de mon slip sans toucher l'élastique...J'étais abasourdit ! Parce qu'ensuite mon irlandais à continué son petit laïus face à un Catalyseur pour une fois incapable de sortir autre chose qu'un pauvre "je ne suis pas d'accord du tout". Ce type à priori sympatique, bosseur, au premier abord ouvert d'esprit commence donc à m'expliquer qu'il est un "nazi" et c'est le terme exact qu'il a employé et non mon interprétation...Un type bossant dans une institution européene se met donc sous l'effet de l'alcool à m'expliquer tout un tas de théories racistes, eugénistes et autres horreurs avec un calme absolut, poli, respectant les objections que je lui opposais tout en développant une argumentation réthorique sans failles si on excepte le socle haineux sur laquelle elle s'appuyait.
 
Je suis resté donc à discuter encore avec lui durant plus de 4 heures avant de reprendre le dernier train, saoul à mort, écoeuré de ce que j'avais entendu tout autant que ma passivité face à son discours. Cependant, moi qui n'arrête pas de prôner le droit à la parole "vraie", le droit à afficher ses convictions sans masques et sans fards je ne pouvais m'empêcher aussi d'admirer son courage (ou son inconscience) de tenir ainsi face à une bonne dizaine de personnes un discours pareil. Je me suis demandé pourquoi je ne lui avais pas peté la gueule sur le champ (enfin, il me rend une bonne vingtaine de kilos et je suis carruré comme une croquette donc ça a du jouer autant qu'une ébriété avancée !) et pourquoi personne d'autre présents n'avait réagit autrement qu'en essayant d'argumenter avec lui...la question que je me pose au final c'est : qu'aurais-je du faire ?


19:48 Écrit par Catalyseur | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Bordeeeeel Le rebondissement quoi !
"Ton ennemi c'est le juif" *BLAM*

Pour répondre à ta question, j'pense que t'as bien fait de rester calme. Ce type de personne (même s'il était assez attachant au départ) est désormais hors d'état de nuire !
Alors on peut laisser fantasmer sur un monde sans juif, si ça lui fait plaisir. Dommage qu'il ai pollué une conversation profonde (beaucoup plus facile à créer et alimenter avec quelques verres, c'est bien connu) avec des tas d'idées reçues et un manque d'objectivité qui lui vaut le titre de "nazi".
Esprit encombré, c'est tout... Par contre, un esprit vide voit l'horizon !

Attention, esprit vide, c'est pas être simplement con ! Mais c'est ne pas avoir d'idées reçues et de décisions qui ne peuvent pas changer. C'est ça qui encombre l'esprit...

Par contre, pour en revenir à l'idée de départ, laisser faire les nazis nous offrirait un fameux et dangereux retour en arrière...

Gnurf... Ce commentaire abouti à rien ! On fait quoi ?

On laisse faire en se disant qu'au fond, quelqu'un d'autre punira le méchant nazi à notre place ou on le tue purement et simplement en tombant dans son jeu de "j'aime-pas-certains-types-de-personne" ?

Écrit par : Mikel | 19/03/2004

Commentaire intéressant... ...même si ta conclusion rejoint la mienne au final : quelle attitude adopter ? Pour ma part j'ai finalement prit l'option de faire circuler l'info parmis ses collègues et les fonctionnaires responsables de son engagement et du renouvellement de son contrat à la commission. Ce n'est malheureusement qu'un succédanée de solution parce que même si ce type va rapidement se faire éjecté de la commission, ce n'est pas pour autant qu'il sera neutralisé. Parce qu'attention, il est redoutablement intelligent et face à un esprit plus faible ses arguments pourraient sans problème faire mouche. Donc pas de solution miracle malheureusement, c'est trop tard pour lui mais comment faire en sorte que ce ne le soit pas pour d'autres qui pourraient se faire piéger par une réthorique soigneusement réfléchie...

Écrit par : catalyseur | 19/03/2004

Prévention La prévention, c'est tout... Permettre au gens d'avoir assez de recul que pour que le mur ne suis pas dans le dos, mais face à eux...

J'suis en train de me faire une idée très imagée du fléau nazi... Vais travailler ça histoire de faire comprendre mon esprit embrouillé...

Écrit par : Mikel | 19/03/2004

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